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Sophie a 2 enfants, et comme beaucoup de femmes qui n’osent pas forcément en parler, elle a très mal vécu les mois qui ont suivi la naissance de son aîné. La dépression du post-partum est un sujet encore tabou aujourd’hui, difficile d’avouer que l’on se sent incapable de s’occuper de son bébé. Elle s’est inspirée de cette expérience douloureuse pour écrire « La Remplaçante », un récit de reconstruction et de résilience.  Puis Rachel Halimi, sage-femme libérale à Paris, répond aux questions des internautes !

 

La dépression du post-partum est souvent confondue à tort avec le baby-blues alors que ce sont deux états psychologiques totalement différents.
  • Le baby blues est un état tout à fait normal et très fréquent lié à la fameuse « chute hormonale ». Il toucherait environ 80 % des jeunes mères. La mère va vivre une « mini déprime » transitoire. Il est important de souligner que ce mal être ne s’installe pas sur la durée. C’est un état passager qui ne dure pas plus de 15 jours (grand maximum 3 semaines). Et il survient tôt après l’accouchement, entre 2 jours à 3 semaines.

La femme va vivre les montagnes russes émotionnelles. Traversée par une grande labilité émotionnelle, elle passe du rire aux larmes en une minute dans la même conversation. Elle se pose des milliards de questions et doute de ses compétences. Cette véritable crise identitaire comparée à la crise d’adolescence serait une étape saine dans le devenir mère. Cet état n’est donc en rien pathologique.

  • La dépression du post-partum (DPP) est malheureusement trop méconnue alors que c’est un véritable problème de santé publique. Il concerne 10 à 30 % des femmes selon les études. Elle est la première cause de décès maternels du 43e jour à un an après l’accouchement. Le pic de fréquence de la DPP survient à 2-4 mois, et un autre à six mois après l’accouchement. Cela peut correspondre à la fin de l’allaitement, mais aussi à la reprise professionnelle. C’est également l’accumulation du manque de sommeil. Une forme de pression sociétale nous fait croire que c’est le moment où l’on est censé être de nouveau en forme, refaire l’amour, reprendre le travail. 

    La dépression post-partum reste une maladie tabou, largement sous diagnostiquée. L’idéalisation de la maternité entraine un déni collectif et contagieux de ce mal être par l’entourage et les soignants. Dans l’imaginaire collectif, la période qui suit l’arrivée d’un bébé (le « post-partum ») est censée être forcément un moment de bonheur absolu. Les jeunes mères en souffrance et pétries de culpabilité n’osent pas parler de leurs difficultés et s’isolent par peur d’être jugées comme de « mauvaises mères ». Il est important de leur rappeler qu’il n’y a aucune honte à verbaliser des idées négatives et à demander de l’aide. Exprimer ses maux par des mots est essentiel pour rompre la spirale vicieuse et mortifère de cette maladie. En effet, la DPP se soigne très bien. Si elle est prise en charge précocement, elle n’aura pas de conséquences graves sur la santé de la mère et de son bébé.

La DPP associe les symptômes d’une dépression classique – idées noires, ralentissement physique et psychique, absence de plaisir, sentiment d’incapacité, de culpabilité – à d’autres symptômes spécifiques au post partum : difficulté à faire le lien avec son bébé, à s’y attacher, l’impression d’être une mauvaise mère.  Si certaines vont se désintéresser de leur enfant, d’autres seront dans une fusion extrême, tout en ayant le sentiment de ne jamais en faire assez.